Le départ
Avant de partir Alain Malou a dit adieu à son frère Edgar, à sa sœur Corine, à son camarade de classe Péters. Après la mort de son père, Alain voulait quitter la ville pour commencer une nouvelle vie, tout seul...
Il était onze heures du soir quand un taxi s'est arrêté devant la porte de la maison. Alain est descendu en compagnie de François Foucret, l'ami de son père qui devait l'accompagner à la gare. On a mis les bagages dans la voiture. On a parcouru les rues de la ville et bientôt on a aperçu la grande horloge de la gare.
Il se sentait fatigué, mais il n'était pas triste. Il y avait encore beaucoup de petites choses à faire - prendre son billet au guichet de la gare, enregistrer sa rnalle, chercher son compartiment, puis aller au buffet acheter de l'eau minérale et des sandwiches. François le suivait et Alain lui parlait tout naturellement. Il disait:
- Le train arrive à Paris à six heures et demie, n'est-ce pas? J'aime la gare de Lyon à Paris, c'est ma préférée...
- En voiture!
Faire ses adieux, serrer la main à François... Alors seulement Alain a eu envie de pleurer. Il cherchait quelque chose à dire. Il n'a pas trouvé. Le train s'est mis en marche.
Alain était seul dans un compartiment vide. Il ne voulait pas voyager en première classe, comme autrefois, quand son père était avec lui, mais il ne voulait pas non plus voyager en troisième. Il était en second et il lui semblait que c'était mieux ainsi.
Alain a baissé l'abat-jour de la lampe. Il s'est couché sur la banquette, la tête sur son sac de voyage. Il ne fermait pas les yeux. Des lumières défilaient derrière les stores. Des gens passaient encore dans le couloir...
- N'est-ce pas, papa?
Maintenant que son père n'était plus là, il fallait à Alain trouver sa place dans la vie, et il croyait l'avoir trouvée. Alain Malou a décidé de devenir un homme comme son père.
Le train sifflait en traversant des campagnes, de petites gares, des maisons... Alain s'endormait peu à peu, il laissait dans le passé tant de choses, tant de souvenirs, tant de gens! Il restait un Malou qui dormait, et qui s'éveillerait tout à l'heure à une vie nouvelle. Un Malou qui allait faire tout son possible pour devenir un vrai homme.
- N'est-ce pas, papa?
D'après G. S i m e n o n, Le destin des Malou
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