понедельник, 19 сентября 2011 г.

Prépare-toi à un examen! (Lecture "Edith Piaf". Niveau avancé) Test 3

Test

Edith Piaf
      
        Edith et sa sœur Simone étaient dans la rue Troyon, c'est là que Louis Leplée est entré dans la vie d'Edith. C'était un Monsieur, très bien habillé, très élégant. Cheveux blonds argentés, habillés un peu précieusement. Ce monsieur un peu trop soigné, trop bien mis, qui avait des gants, ne quittait pas Edith des yeux, regardait tellement que je me suis dit : « Ce n'est possible, quand elle va s'arrêter de chanter il va lui proposer le mariage, il est prêt, il a déjà les gants. »
       Il s'est approché et il lui a dit :
       « Si vous voulez chanter chez moi, j'ai un cabaret rue Pierre-Charron, le Gerny's, venez me voir demain. »
       En disant cela il nous a donné un billet de dix francs. Edith ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il nous a marqué son adresse sur un coin de son journal. Edith me l'a confié en me disant :
       «Simone, ne le perds pas surtout. Il vaut peut-être une fortune. » C'est ce morceau de journal qui a décidé l'avenir d'Edith.
       Pour aller voir Leplée, Edith avait mis sa jupe noire, la seule qu'elle avait, on avait acheté un bâton de rouge à lèvres pour Edith, d'un beau grenat foncé pour que ça fasse bien et puis on s'est payé quand-même deux paires de chaussures. On ne pouvait pas aller chez Leplée pieds nus. On les a achetées bleu marine. Bleu marine c'est bien, ç'est pratique. Comme ça on était correctes.
       On est arrivées en avance, on avait tellement peur qu'on ne pouvait plus parler.
       Leplée a fait entrer Edith dans son cabaret le Gerny's. Il n'y avait personne. C'était l'après-midi, vers quatre heures. Il a fait chanter à Edith toutes ses chansons. Personne ne l'accompagnait. Il l'a laissée chanter comme il l'avait entendue! Il a dit calmement :
       « C'est bien. Ici ça tient le coup mieux que dans la rue. Comment vous appelez-vous ?
       —    Gassion. Edith Giovanna.
       —    Ça ne vaut rien. Dans votre métier... »
       On lui disait votre métier. On lui parlait comme à une chanteuse, une vraie. C'était ce monsieur bien habillé, qui sentait bon, qui employait un ton, des mots que nous n'avions pas l'habitude d'entendre, qui lui disait tout cela. Elle se demandait s'il lui parlait sérieusement.
       Edith le regardait avec des yeux immenses qui lui bouffaient tout le visage. On aurait dit qu'elle regardait le Bon Dieu.
       Cette expression-là, je l'ai vue souvent à Edith, c'était celle du travail quand elle écoutait, qu'elle voulait comprendre à fond, tout retenir, ne rien laisser échapper.
       Avec de jolis gestes de la main, calme, Louis Leplée continuait : .
       " Le nom, c'est très important. Vous vous appelez comment déjà ?
       —    Edith Gassion. Mais j'ai un nom pour chanter : Huguette Elias. »
       Sa main a balayé ces noms. J'étais fascinée par ses ongles, si propres, si brillants. Avec Edith nous n'avions jamais pensé qu'un homme pouvait se faire faire les ongles.
       « Mon petit, je crois avoir trouvé votre nom : Piaf.
       —    Comme les piaffes, les moineaux ?
       —    Oui, « la môme Moineau » c'est pris, mais la môme Piaf », qu'est-ce que vous en dites ? »
       Nous on n'aimait pas tellement Piaf. On trouvait que ça ne faisait pas assez artiste.
       Le soir Edith m'a dit :
      « Piaf, ça te plaît ?
       —    Pas beaucoup. »
       Elle s'est mise à réfléchir :
       « Tu sais, Momone, « la môme Piaf » ça ne sonne pas si mal que ça. Piaf je trouve que c'est gentil un petit piaf. Ça chante ! C'est gai, c'est le printemps, c'est nous quoi ! Il est quand même pas bête ce bonhomme-là. »

                                                                         Daprès Simone Berteaut « Piaf»


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