Test
Edith Piaf
Edith et sa sœur Simone étaient dans la
rue Troyon, c'est là que Louis Leplée est entré dans la vie d'Edith. C'était un
Monsieur, très bien habillé, très élégant. Cheveux blonds argentés, habillés un
peu précieusement. Ce monsieur un peu trop soigné, trop bien mis, qui avait des
gants, ne quittait pas Edith des yeux, regardait tellement que je me suis dit :
« Ce n'est possible, quand elle va s'arrêter de chanter il va lui proposer le
mariage, il est prêt, il a déjà les gants. »
Il s'est approché et il lui a dit :
« Si vous voulez chanter chez moi, j'ai
un cabaret rue Pierre-Charron, le Gerny's, venez me voir demain. »
En disant cela il nous a donné un billet
de dix francs. Edith ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il nous a marqué
son adresse sur un coin de son journal. Edith me l'a confié en me disant
:
«Simone, ne le perds pas surtout. Il
vaut peut-être une fortune. » C'est ce morceau de journal qui a décidé l'avenir
d'Edith.
Pour aller voir Leplée, Edith avait mis
sa jupe noire, la seule qu'elle avait, on avait acheté un bâton de rouge à
lèvres pour Edith, d'un beau grenat foncé pour que ça fasse bien et puis on
s'est payé quand-même deux paires de chaussures. On ne pouvait pas aller chez
Leplée pieds nus. On les a achetées bleu marine. Bleu marine c'est bien, ç'est
pratique. Comme ça on était correctes.
On est arrivées en avance, on avait
tellement peur qu'on ne pouvait plus parler.
Leplée a fait entrer Edith dans son
cabaret le Gerny's. Il n'y avait personne. C'était l'après-midi, vers quatre
heures. Il a fait chanter à Edith toutes ses chansons. Personne ne
l'accompagnait. Il l'a laissée chanter comme il l'avait entendue! Il a dit
calmement :
« C'est bien. Ici ça tient le coup mieux
que dans la rue. Comment vous appelez-vous ?
— Gassion.
Edith Giovanna.
— Ça
ne vaut rien. Dans votre métier... »
On lui disait votre métier. On lui
parlait comme à une chanteuse, une vraie. C'était ce monsieur bien habillé, qui
sentait bon, qui employait un ton, des mots que nous n'avions pas l'habitude
d'entendre, qui lui disait tout cela. Elle se demandait s'il lui parlait sérieusement.
Edith le regardait avec des yeux
immenses qui lui bouffaient tout le visage. On aurait dit qu'elle regardait le
Bon Dieu.
Cette expression-là, je l'ai vue souvent
à Edith, c'était celle du travail quand elle écoutait, qu'elle voulait comprendre
à fond, tout retenir, ne rien laisser échapper.
Avec de jolis gestes de la main, calme,
Louis Leplée continuait : .
" Le nom, c'est très important.
Vous vous appelez comment déjà ?
— Edith
Gassion. Mais j'ai un nom pour chanter : Huguette Elias. »
Sa main a balayé ces noms. J'étais
fascinée par ses ongles, si propres, si brillants. Avec Edith nous n'avions
jamais pensé qu'un homme pouvait se faire faire les ongles.
« Mon petit, je crois avoir trouvé votre
nom : Piaf.
— Comme
les piaffes, les moineaux ?
— Oui,
« la môme Moineau » c'est pris, mais la môme Piaf », qu'est-ce que vous en
dites ? »
Nous on n'aimait pas tellement Piaf. On
trouvait que ça ne faisait pas assez artiste.
Le soir Edith m'a dit :
« Piaf, ça te plaît ?
— Pas
beaucoup. »
Elle s'est mise à réfléchir :
« Tu sais, Momone, « la môme Piaf » ça
ne sonne pas si mal que ça. Piaf je trouve que c'est gentil un petit piaf. Ça
chante ! C'est gai, c'est le printemps, c'est nous quoi ! Il est quand même pas
bête ce bonhomme-là. »
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