среда, 28 декабря 2011 г.

Texte supplémentaire: Meubles à crédit

               


    Meubles à crédit
       Depuis toujours Martine rêvait d'avoir pour mari Daniel Donelle. Lui ou personne. C'était son seul rêve chimérique. Tous les autres rêves de Martine étaient modestes et réalisables. Maintenant qu'elle avait Daniel, elle rêvait d'un petit appartement modeste, aux portes de Paris. Ils devaient avoir un appartement bien à eux. Elle le voulait. Elle voyait déjà dans tous les détails son appartement à elle: les fleurs dans les vases, les lampes, les tableaux...
       L'appartement était tel que l'avait rêvé Martine: aéré, clair, confortable.
Il était encore vide, il n'y avait presque pas de meubles, juste un lit, trois tabourets, une table de cuisine. Il n'y avait pas de téléphone. On ne pouvait encore inviter personne.
       Daniel commençait à s'habituer à ces deux pièces vides, les trois tabourets, l'ampoule sans abat-jour, les deux tasses, les deux assiettes achetées à l'Uni-Prix.
«C'est bon de vivre ainsi, pensait-il, on a besoin de peu de choses en réalité.»
Ils avaient la joie d'être ensemble...
      Un jour Daniel est arrivé à l'improviste, à cause de cette absense de téléphone. Il a trouvé Martine dans la cuisine avec un monsieur. Un peu gênée, elle a dit:
      - Monsieur est représentant d'une maison qui vend des meubles à crédit.
      - Madame a choisi un ensemble-studio, le voici! le représentant a ouvert devant Daniel  un catalogue. - Madame a un bon goût. C'est jeune, c'est moderne, c'est à la mode... L'armoire à glace, le bahut pour la vaisselle...
       - Tu comprends, a dit Martine, l'armoire à glace, on va le mettre dans la chambre ...
       - Madame est très pratique, a dit le représentant. Et le petit divan, c'est mieux que plusieurs chaises. Et si vous avez quelqu'un à coucher, c'est très commode. Il y a aussi un rayon pour les livres...
       - Vous ne vendez pas de livres à crédit? a demandé Daniel, sarcastique.
  Il ne voulait pas de bonheur à crédit.
      - Non, Monsieur, je regrette...
      - Laisse donc, Daniel, tu ne comprends rien aux meubles, a dit Martine.
  Monsieur, laissez-moi ce catalogue, je vais réfléchir.

                                                                             D'après E. Triolet, Roses à crédit



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