Père et fils
Vingt-trois
heures trente. Que faire ? Aller à la police ? Oui, je pense que c’est
indispensable. Mais Sofia hésite : elle préfère attendre. Mariana va peut-être
la contacter. Et si c’est un kidnapping, parler à la police, c’est mettre la
vie de Mariana en danger...
Finalement,
Sofia décide de rentrer chez elle. Nous nous donnons nos numéros de portable.
– S’il y a du nouveau, on s’appelle immédiatement, OK ? Il pleut et il fait
froid. Comme chaque samedi soir, il y
a beaucoup de monde dans le métro. J’appelle Coline.
– Allô, Coline,
c’est moi.
– Tu sais
quelle heure il est ?
– Désolé, Col,
c’est important.
–
Qu’est-ce qui se
passe ?
J’explique mon
histoire.
– Et qu’est-ce
que je peux faire pour toi ? demande Coline, sceptique.
– Col, je
crois que Mariana est réellement en danger. Je vais parler à Papa.
hesiter : ne pas se décider à faire une chose
du nouveau : une information, un fait nouveau dans l’évolution
de la situation
– Parler à
Papa ? Tu es fou !
– J’aime cette
fille, Col ; et j’ai un mauvais pressentiment.
– Depuis quand
tu ne vois pas papa ?
– Depuis qu’il
vit avec cette femme, depuis cinq ans.
– Petit frère,
je crois que tu fais une grosse erreur.
– Peu importe,
Col, il peut m’aider. Donne-moi son numéro de téléphone, s’il te plaît.
– J’ai le
numéro d’un téléphone fixe à Paris, j’espère que c’est le bon.
– Donne. Je
vais essayer.
Je remercie
Col et j’appelle immédiatement.
– Beaulieu à
l’appareil. J’écoute.
– Papa ? C’est
moi, Alex. Je ne te réveille pas ?
– Non mais...
qu’est-ce qui se passe ?
– Je n’ai pas
le temps de t’expliquer. On peut se voir ?
– Quand ?
– Maintenant.
– D’accord.
– C’est quoi,
ton adresse ?
– 13, rue
Vigée. Métro Pasteur.
– J’arrive
dans quinze minutes.
***
Il est une
heure du matin. Je marche comme un automate. Je monte dans le premier métro. Je
pense à Mariana... et à mon père. Après tout ce temps, comment vont se passer
les retrouvailles ?
remercier : dire merci
des retrouvailles : le fait de se revoir après une longue
séparation
J’arrive
devant son immeuble. Je sonne.
– Salut, Alex,
me répond-il, je t’ouvre.
Mon père
m’attend à la porte. Je le regarde un instant ; il est comme dans mes
souvenirs. Il est mal rasé et porte une chemise blanche froissée et une cravate
noire. Mais je sens quelque chose de nouveau chez lui : sa manière de me
regarder, plus affectueuse.
Il met son
bras autour de mes épaules.
– Salut,
Alexandre. Ça fait longtemps... Tu es un beau garçon, me dit-il. Tu continues
tes études, je suppose ? Médecine, c’est ça ?
sonner : appuyer sur un bouton qui se trouve à la porte
d’entrée d’une maison pour indiquer sa présence. Quelqu’un sonne. Je vais ouvrir.
un souvenir : l'image que garde la mémoire
il est mal rasé : il a un peu de barbe
froissé(e) : qui n’est pas net(te), lisse
une épaule : la partie supérieure du bras, à l’endroit où il
se fixe au thorax
– Oui, je suis
en cinquième année.
– Ça
t’intéresse ?
– Beaucoup.
Mon père
m’observe, un peu gêné. Après cette longue séparation, c’est sans doute étrange
pour lui de me voir chez lui.
– Alors, tu as
des problèmes ?
– Pas moi. Une
étudiante que je connais.
– Son nom ?
– Mariana Lopez.
Elle est mexicaine.
– Si tu viens
me voir, je suppose que c’est important ?
– En réalité,
je ne sais pas exactement.
Je raconte
toute l’histoire : depuis le rendez-vous dans le bar jusqu’au message sur le
miroir de la salle de bains.
– C’est
peut-être une blague, dit mon père.
– Ce n’est pas
son style. Je crois qu'elle est réellement en danger.
– Tu as des
éléments pour affirmer ça ?
– Une
contradiction. Écoute : à la fac, un prof nous a présenté Mariana comme
boursière de l’État français ; elle-même dit que son père est chauffeur de
taxi. Et qu’est-ce que me dit sa meilleure amie aujourd’hui ? Que le père de
Mariana est richissime et célèbre au Mexique. Tu trouves ça normal, toi ?
gêné : qui est un peu intimidé, dans une situation
psychologique peu confortable
une blague (fam.) : une histoire inventée pour faire rire
Mon père me
regarde un long moment, de ses grands yeux noirs. Je m’assois dans un fauteuil,
en face de sa table de travail.
Il s’assoit
lui aussi en silence. Il se passe la main dans les cheveux, puis se frotte
longuement le menton.
– À quoi tu
penses ?
– À un
kidnapping, me répond-il.
– Moi aussi.
– Bon, je vais
réfléchir à tout cela... Le plus important, c’est de savoir s’il y a une
demande de rançon. Demain, on passe à l’action. Pour le moment, dors un peu,
pour prendre des forces. La journée va être dure. Je te réveille à six heures
trente, ça te va ?
– Très bien...
merci, c’est vraiment sympa de ta part.
un fauteuil : le meuble confortable où on peut s’asseoir
pour lire, regarder la télévision...
le plus important : le point réellement important,
fondamental
une rançon : de l' argent, le prix qu’une personne exige pour
libérer une personne qu’elle garde prisonnière

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