La dernière visite
L'asile est à deux kilomètres du village.
J'ai fait le chemin à pied. J'ai voulu voir maman tout de suite. Mais le consierge
m'a dit qu'il fallait que je rencontre le directeur. Comme il était occupé,
j'ai attendu un peu. Pendant tout ce temps le concierge a parlé et ensuite,
j'ai vu le directeur: il m'a reçu dans son bureau. C'est un petit vieux avec la
Légion d'honneur. Il m'a regardé de ses yeux clairs. Puis, il m'a serré la main
qu'il a gardée si longtemps que je ne savais pas comment la retirer. Il a
consulté un dossier et m'a dit: «Mme Meursault est entrée ici il y a trois ans.
Vous étiez son seul soutien». J'ai cru qu'il me reprochait quelque chose et
j'ai commencé à lui expliquer. Mais il m'a interrompu: «Vous n'avez pas à vous
justifier, mon cher enfant. J'ai lu le dossier de votre mère. Vous ne pouviez
subvenir à ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes.
Et tout compte fait, elle était plus heureuse ici». J'ai dit: «Oui, monsieur le
Directeur». Il a ajouté: «Vous savez, elle avait des amis, des gens de son âge.
Elle pouvait partager avec eux des intérêts qui sont d'un autre temps. Vous
êtes jeune et elle devait s'ennuyer avec vous».
C'était vrai. Quand elle était à la
maison, maman passait son temps à me suivre des yeux en silence. Dans les
premiers jours où elle était à l'asile, elle pleurait souvent. Mais c'était à
cause de l'habitude. Au bout de quelques mois, elle aurait pleuré si on l'avait
retiré de l'asile. Toujours à cause de l'habitude. C'est un peu pour cela que
dans la dernière année je n'y suis presque plus allé. Et aussi parce que cela
me prenait mon dimanche sans compter l'effort pour aller à l'autobus, prendre
des tickets et faire deux heures de route.

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