суббота, 7 января 2012 г.

Savoir lire: Les motocyclistes


Lisez le texte.

     Au cours d'un été nous campions au bord d'un lac canadien. La nuit était tombée, nous avions dîné. [...] Nous étions neuf en tout : six adolescents, Jean-Pierre, moi et Dorothée qui avait douze ans. J'avais sommeil. Je les ai laissés autour du feu et je suis allée dans la tente. Pendant que je me préparais à me coucher j'ai entendu une pétarade formidable. Nous campions dans le creux d'une grande dune de sable qui descendait jusqu'à l'eau. Je suis sortie et j'ai vu un spectacle incroyable : trois puissantes motocyclettes qui absorbaient la pente raide de la dune dans des geysers de sable et un cataclysme de bruit. La panique m'a prise. Je croyais que c'était la police qui venait faire éteindre notre feu, ou Dieu sait quoi. [...] 
      Les motos se sont arrêtées à dix mètres de notre campement. Ce n'était pas la police mais trois très jeunes hommes, dans les vingt-deux ans, secs, habillés de cuir noir, avec de gros dessins colorés sur leurs blousons. Les machines étaient magnifiques, les flammes faisaient briller leurs chromes par éclats, les garçons étaient effrayants, dangereux, les yeux froids dans les visages bardés de casques et de mentonnières. J'étais en retrait, je voyais la scène. Je m'attendais au pire. Les enfants sentant le danger, leurs pensées probablement pleines des récits quotidiens de la violence américaine, s'étaient levés. Ils restaient immobiles. Jean-Pierre avait fait un pas vers eux : « Hello, good evening. »
     Pas de réponse. Ils sont venus près du feu. Tout le monde était debout. Cela a duré un moment. Puis les enfants ont commencé à s'asseoir. Les trois motocyclistes aussi. Grégoire a pris son banjo, Alain la guitare. Ils se sont mis à gratter. Charlotte a fredonné : « One more blue and one more grey. » Les trois motocyclistes ont souri. On a passé des oranges. Alors a suivi une des soirées  les plus intéressantes que j'aie vécues ces dernières années. Ils ont raconté qu'ils étaient tous les trois électroniciens, qu'ils habitaient à Détroit et que chaque vendredi soir ils partaient sur leurs engins le plus loin possible, à toute vitesse. En général  le soir ils essayaient de trouver des campeurs avec un feu allumé pour faire cuire leur dîner. Mais c'était difficile. Ils étaient généralement mal reçus. Les campeurs sont souvent armés et sont dangereux. Ils ont parlé de leur vie, de ce qu'ils voulaient, de ce qu'était l'Amérique pour eux. 
     Le matin, ils ont tenu à faire la vaisselle et le ménage du camp. Puis, pour nous remercier, ils ont organisé dans les dunes le plus fantastique carrousel. Leurs motos se cabraient comme des chevaux, dévalaient les pentes, faisaient naître des feux d'artifice de sable, jusqu'à ce que nous les ayons perdus de vue. Ils étaient magnifiques. Je ne sais plus leurs noms. Je les aime beaucoup.

                    Marie Cardinal, La clé sur la porte, © Le Livre de poche, Éditions Grasset et Fasquelle



Répondez aux questions suivantes et justifiez vos réponses.

1) À quel moment et où se situe précisément le récit ?
2) Quels éléments ont effrayé les campeurs ?
3) Comment le narrateur décrit-il les conducteurs et leurs motos ?
4) Quelle a été la première réaction des campeurs et pourquoi ?
5) À quoi est dû le changement d'attitude des motocyclistes ?
6) Comment justifient-ils leur attitude initiale ?
7) Quel souvenir le narrateur garde-t-il de cette soirée-là ?
8) Qu'ont fait les motocyclistes pour remercier les campeurs ?


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