CHRISTOPHE DONNE DES LEÇONS DE MUSIQUE
Christophe
enseignait le piano à Minna. Il venait lui donner sa leçon deux fois par
semaine, le matin de neuf heures à dix heures.
La fillette
arrivait en retard; elle tendait à peine la main à Christophe, disait un froid
bonjour et allait s'asseoir au piano. Quand elle était seule, elle aimait faire
des gammes. Mais Christophe l'obligeait à fixer son attention sur des exercices
difficiles; alors, pour se venger, elle tâchait de jouer le plus mal qu'elle
pouvait.
Christophe,
assis auprès d'elle, n'était pas très poli. Il ne lui faisait pas de
compliments. Minna se fâchait et ne laissait jamais passer ses observations
sans répliques. Elle discutait tout ce qu'il lui disait. Pour ne pas s'ennuyer,
elle inventait de petites ruses qui n'avaient d'autre objet que d'irriter Christophe.
Un jour elle
eut l'idée de laisser tomber son mouchoir, pour obliger Christophe à le
ramasser; ce qu'il fit à contrecœur. Elle lui dit un «merci!» de grande dame .
Elle trouva ce jeu très amusant. Le lendemain, elle recommença. Christophe ne
bougea pas. Elle attendit un moment, puis dit d'un ton mécontent:
— Voudriez-vous,
je vous prie, ramasser mon mouchoir?
Christophe
éclata.
— Je ne suis
pas votre domestique! cria-t-il grossièrement. Ramassez-le vous-même!
Minna se
leva brusquement de son tabouret qui tomba.
— Oh, c'est
trop fort, dit-elle. Elle sortit furieuse.
Christophe l'attendit. Elle ne
revint pas. Il ne savait que faire. Il avait honte de son action. Il comprenait
que sa conduite avec la fillette était grossière, mais Minna se moquait trop de
lui et il était trop fier pour lui demander pardon.
Il revint le lendemain. Minna entra
ayant fait attendre Christophe cinq
minutes de plus que d'habitude; elle alla s'asseoir devant le piano sans
tourner la tête comme si Christophe
n'existait pas .
Elle
continua à prendre ses leçons, parce qu'elle savait bien que Christophe était
un bon musicien et qu'elle devait apprendre à jouer du piano, si elle voulait
être ce qu'elle prétendait être: une demoiselle bien née et très bien élevée.
Mais comme elle s'ennuyait! Comme ils
s'ennuyaient tous deux!
D'après R. Rolland, Jean-Christophe
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