Hélène
Richard-Favre
Trottoirs
On déplore, autour de moi, que je fouille les corbeilles à papier de la
ville. Pourquoi?
Je ne comprends pas. Je pourrais aussi bien manger des bonbons toute la
journée ou fumer du matin au soir, où est le problème?
On me reproche ou, dans le meilleur des cas, on regrette que je me livre à
cette activité, pour calmer mon angoisse, d'autres comportements seraient plus
opportuns, estime-t-on.
Comment sait-on toujours mieux que l'autre ce qui est bon et sain pour lui?
Je m'étonne. J'ai trouvé cette pratique, j'en suis relativement satisfaite et
on veut me persuader du contraire.
J'avais tout pour être heureuse, je l'ai été et soudain, sans crier gare,
le malheur m'a frappée. Désormais dans la rue à hanter les trottoirs et surtout
leurs corbeilles à papier, je navre l'entourage.
Pourtant, parfois, d'amusants divertissements s'offrent à moi! Celui, par
exemple, de surprendre quelques bribes de conversation entre passants!
Hier, deux jeunes filles péroraient sur les hommes, lesquels leur
conviendraient, ce qu'elles en attendaient, donc ce qu'ils leur offriraient,
ignorant tout de ce que leur réserverait l'avenir, n'envisageant bien sûr que
l'amour.
L'une ne le concevait qu'à travers ses besoins propres, tandis que l'autre
le souhaitait empreint de valeurs morales auxquelles son interlocutrice
demeurait parfaitement étrangère.
Moi j'ai connu l'amour! Le grand qu'on dit vrai! Et pour avoir vécu le
bonheur et l'avoir perdu aussi, je sais donc bien comment les projections ne se
réalisent pas forcément comme on le prévoyait!
A quarante-cinq ans, je suis clocharde, que deviendront ces pimbêches?
La question se pose quand on n'a plus l'être aimé près de soi. Et ces deux
jeunes verront bien une fois rencontré l'amour, comme sa durée est aléatoire
alors même qu'il était parfait.
Car elles ont bien envisagé les désagréments que leur réserveraient
d'éventuelles relations parallèles que leurs hommes entretiendraient. Mais il
y a mille manières de les perdre sans qu'ils passent obligatoirement entre les
mains ou les bras d'une autre! Moi, c'est le lac qui m'a pris mon mari. En
quelques secondes il s'est noyé, mon bonheur avec lui.
N'est-ce pas assez désespérant pour donner envie de fouiller les corbeilles
à papier? Sinon, qu'on m'explique où ça mènerait!
A la dépression? Au
suicide? Mon activité n'est-elle pas préférable, aussi médiocre et
vile soit-elle?
Car si, dans le fond de ces corbeilles, les déchets se transforment en
mille trésors ravissant ma solitude, pourquoi y renoncerais-je?
Le 3 juin
Monsieur Randeau ne veut plus que je lui rende visite.
Hier, comme d'habitude, nous avons parlé de sa fille, il m'a prise dans ses
bras, a un peu pleuré et soudain m'a rejetée loin de lui en hurlant que je m'en
aille, que jamais plus je ne revienne le voir et que je m'arrange pour ne plus
jamais, non plus, le croiser dans notre immeuble.
Je l'ai quitté, incapable de comprendre ce qui lui arrivait. Bien sûr, il
est malheureux, il souffre terriblement de la mort de sa fille et de sa femme,
mais pourquoi s'en prendre ainsi à moi?
Il me répétait toujours à quel point mes visites le réconfortaient, que
j'étais sa fille, et toujours il insistait pour que je revienne.
J'allais souvent chez lui l'écouter me parler de Madame Randeau et
d'Anne-Lise.
Je croyais aussi qu'à revivre ses souvenirs avec moi, il reprendrait
courage, il était si seul, son fils ne venait que rarement le voir. Et dans
l'immeuble, personne ne s'occupait de lui, aucun ne lui parlait. On ne l'aimait
pas.
Dans ma famille non plus, on ne l'appréciait pas. On ne comprenait pas ce
que j'allais faire chez lui.
Chaque fois que je venais, il me demandait de me déshabiller et de revêtir
une robe d'Anne-Lise. Il me regardait, longtemps, me prenait dans ses bras et
pleurait.
Peu à peu, aussi, il s'était mis à m'appeler Anne-Lise. J'acceptais, il
était si gentil avec moi. Il me répétait toujours à quel point j'étais bonne et
douce, alors j'étais contente.
Ici, on me-critique tout le temps, on me dit que je suis trop rêveuse,
qu'on ne pourra rien faire de bon avec moi.
C'est ce que vous avez aussi pensé de moi, finalement, Monsieur Randeau?
Mon histoire
Elle est simple, semblable à beaucoup d'autres.
J'avais vingt ans, j'ai rencontré l'amour qu' on dit unique mais impossible.
Envers et contre tout, incapable d'y renoncer, je l'ai fait vivre, il est
devenu mon mal, j'ai risqué la folie.
On tentait de m'apaiser: j'oublierais, je rencontrerais un homme, j' avais
encore le temps et puis, «tout passe», je devais être patiente! Oui.
Aujourd'hui, je fête mes quarante ans, on me promet toujours le bonheur.
Mike
Comme d'habitude, ce soir, il devait retrouver Mathieu, Martine ou un
collègue de bureau et je me suis détestée. J'ai pensé que ma tête n'était pas
la bonne, en tout cas pas celle qui convenait pour le retenir, alors j'ai
commencé à me couper un peu les cheveux et constatant le résultat, j'ai
continué jusqu'à l'échec. Comment me montrerai-je désormais à mon entourage
sans craindre de l'effrayer? Tant pis, je trouverai des explications. Ma
coiffeuse aura été importunée par un individu armé ayant fait une très soudaine
et inattendue irruption dans le salon, ce qui l'aura mise dans un état de
panique tel qu'elle en aura complètement perdu le contrôle de sa paire de ciseaux,
devenue folle et erratique. Je ne lui en voulais pas, elle avait eu la peur de
sa vie et moi aussi d'ailleurs! Donc j'attendrais patiemment que mes cheveux
repoussent et elle m'offrirait la prochaine coupe pour se faire pardonner. Ça passera. Mais Mike?
Lorsqu'il me trouvera dans cet état, ne risque-t-il pas de deviner ce qui s'est
réellement passé et de douter des mésaventures de ma coiffeuse? Me redira-t-il
alors pour la énième fois combien il est gêné, confus que je sois pareillement
attachée à lui? Si amoureuse qu'il s'en veut?
«De quoi?» lui demanderai-je, enfin déterminée à le quitter. Comme toujours
il répondra «de ne pas t'aimer comme tu le mérites!»
Et cette fois, sans plus hésiter, je lui demanderai ce que ce verbe a à
voir avec l'amour. Et j'ajouterai encore, si possible en lui souriant et en lui
prenant tendrement la main dans la mienne, que moi non plus je ne l'aime pas
comme je le devrais.
Intrigué, il réagira. Il me demandera ce que je lui dois. «L'amour, le
véritable amour!» Agacé ou irrité, il rétorquera que décidément il ne comprend
rien aux femmes et pour une fois, je serai d'accord avec lui!
Les cendres
Dieu la fit belle et lui donna de nombreux admirateurs, sauf un qui
l'envoya au diable.
Fier d'accueillir une créature divine, le diable n'eut de cesse de
l'entourer, la protéger, la soigner et l'assurer d'une amitié qui serait
fidèle, constante et indéfectible, jusqu'au jour où Dieu, irrité de tant de
soins fallacieux, se mit en quête de la retrouver.
Non violent de nature, il ne songeait à agresser le diable qui,
instantanément aurait saisi l'occasion de montrer combien son ennemi de
toujours était mauvais et aussi peu enclin que lui, finalement, à la bonté
réelle. Ainsi Dieu attendit-il patiemment l'opportunité de rouvrir les portes
de Son paradis à la belle.
L'occasion se présenta. Dieu, par un de ces miracles dont il a le secret,
se trouva parmi les hôtes que le diable avait conviés en l'honneur et pour
l'amour de sa protégée. Dieu l'aima.
Le diable, fasciné par le talent de son invité, lui proposa, contre quelque
avantage bien sûr, de lui laisser la belle. Dieu accepta et le diable fut
heureux de la bonne affaire.
Cependant, il apprit le nom de cet amant chevronné: fou
de rage, il se jeta dans le foyer qu'il avait allumé en l'honneur de ses hôtes.
Des flammes aujourd'hui éteintes, restent encore quelques traces. Les
Cendres*, que l'on célèbre toujours en mémoire de celui, dont le geste fatal a
pu être considéré comme conséquent à l'amour que Dieu lui avait ravi.
* В первый вторник великого поста католики отмечают День Пепла
Mercredi
Il est venu aujourd'hui à la parfumerie. Il portait un manteau noir seyant.
Il m'a saluée en souriant et m'a proposé de déjeuner mercredi aux «Mouettes» ou
au «Berezina».
Il me confirmerait l'heure et le lieu, mais voulait s'assurer que le jour
me convienne.
Il n'est pas resté longtemps, a regardé quelques parfums et a trouvé le
magasin bien arrangé. Puis il est parti et m'a fait un signe de la main par la
vitrine. Il semblait ému. J'ai vingt-trois ans demain, il est veuf depuis ce
temps-là.
Ma mère est morte peu de temps après avoir retrouvé mon père, un soir, par
hasard, au bar d'un hôtel où elle séjournait. Mon père y avait rendez-vous avec
un ami, finalement jamais venu. Heureux d'y avoir rencontré ma mère, il lui
déclara un amour qu'il avait, lui dit-il, toujours maintenu secret. Elle ne le
crut pas. Désireux de lui prouver le contraire, il entreprit alors une cour
incessante, en vain: ma mère était mariée et ne voulait rien savoir de lui. Ne
supportant plus son refus, il la prit de force, chez elle. Puis, exhibant un
pistolet, il lui avoua un désarroi total face à la vie. Ma mère lui retira
l'arme des mains, une balle partit et l'atteignit à la gorge.
Transportée d'urgence à l'hôpital, elle ne survécut que quelques mois à ses
blessures et apprit qu'elle allait être mère. Tout fut mit en œuvre pour sauver
le fœtus, je dois ma vie à la médecine.
Mon père s'est occupé de moi les premiers temps, puis m'a confiée à une
tante. Hier, elle a souhaité que je rencontre le mari de ma mère.
C'est avec lui que je déjeune mercredi.
Gertrude
Ils m'avaient tous prédit qu'elle ne reviendrait pas. Ce soir je l'ai
revue, plus belle que jamais.
- Elle ne t'aime plus, répétaient-ils en chœur. Elle a trouvé mieux que
toi!
C'était mal la connaître. Gertrude est une fille bien, une femme fidèle, ne
cessais-je de leur dire à tous.
- Alors, pourquoi t'a-t-elle quitté? me lançaient-ils comme par défi.
- Elle est partie, c'est différent.
- Pour qui?
- Pour suivre sa vocation.
- Et tu la crois?
Et ils riaient et me plaignaient. J'étais naïf, il ne fallait jamais faire
confiance à une femme.
Ce soir, ils ont compris que Gertrude m'aimait.
Ils ont même admis qu'elle était belle.
L’appartement
- Je sais
qu'ils me veulent du mal. Je les entends, la nuit, parler de moi. Ils disent
que je suis laide et vieille. Ils voudraient me voir disparaître. De quelle
manière? Ils en ont évoqué plusieurs mais encore décidé d'aucune. Tant qu'ils
cherchent je suis tranquille, enfin, relativement, vous comprenez? Mais le jour
où ils en auront déterminé une, tout sera fini, ici, pour moi. Je devrai
déménager ou alors ils me tueront.
Oui. Ils
agissent, eux, ils ne discutent pas.
Si seulement
je pouvais partir — à leur insu, car ils me surveillent en permanence, je peux
vous l'assurer — je serais hors de danger mais je suis trop faible et si
âgée... Et je n'ai personne pour m'aider à fuir cette maison désormais maudite.
Demain, je les
croiserai dans l'escalier et pourrai déjà reconnaître sur leur visage, les
signes de la joie avec laquelle ils occuperont mon appartement.
Je ne
supporterai pas.
- Madame Alfi,
vous devriez vous reposer.
- Avec eux?
- Non...
- Je ne vous
comprends pas.
- Vous êtes
fatiguée.
- Il y a de
quoi!
- Madame Alfi,
vous êtes malade.
- Et eux?
- Non.
- Qu'en
savez-vous?
- Vous êtes
seule, dans la chambre et personne ne vous veut de mal. Ici, on vous soigne.
La vie
Il faisait
froid, ce samedi, très froid. Il était seul, il m'a parlé de lui, je l'ai
suivi.
Ensuite, il a
pensé à l'autre et l'autre, je l'ai rejoint aussi.
Parfois la vie
est simple.
Ils étaient
tristes tous les deux, leurs femmes étaient parties. L'une s'était remariée,
pas l'autre, elle grossissait.
La vie était
dure pour eux, pour moi aussi. Alors on s'est dit que de la passer ensemble
nous aiderait.
Vingt ans nous
lieront bientôt, d'amitié et plus si nécessaire.
La vie peut
aussi être belle.
Judith
Je l'ai connue
dans un grand magasin. D'emblée, elle m'a plu. Je l'observais servir des
clients, j'ai vu qu'elle me regardait, je me suis approché d'elle. Je n'avais
rien à lui acheter, alors je lui ai souri. Une semaine plus tard, j'ai eu très
envie de la revoir. Je suis retourné à son rayon, elle m'a reconnu.
Flatté, je lui
aurais immédiatement proposé un rendez-vous mais je me suis ravisé.
C'était trop
tôt. Dailleurs, si je l'apercevais à nouveau, je me montrerais plus réservé, je
devais me contrôler tant que j'ignorais ce qu'elle pensait de moi. Et comment
le savoir?
- Elle te le
fera comprendre, m'assurait Jacques.
- A quoi?
- Tu verras,
tu n'hésiteras plus une seconde!
Hier je suis
passé devant Judith sans la regarder, elle m'a hélé! Faussement surpris, je
suis allé vers elle, nous avons échangé quelques mots puis elle m'a proposé de
la retrouver une heure plus tard au bar du magasin.
J'y suis
arrivé très en retard, elle m'attendait!
Ce jour-là
Nous nous
promenions, mon père et moi, notre avenir le préoccupait.
Avant sa mort,
ma mère avait souhaité qu'il retrouve une femme. Il en avait rencontré une qui
l'avait quitté trois semaines plus tard.
Je n'avais pas
eu l'impression que cette liaison l'avait marqué. Il n'avait laissé
transparaître aucun sentiment particulier à l'égard de la femme. En réalité
elle lui avait plu et il supportait mal de l'avoir perdue. Pourtant, que
représentaient trois semaines dans la vie d'un homme? Justement, il voulait me
l'expliquer.
J'avais
compris, apaisé, il m'avait prise dans ses bras.
Depuis ce
jour-là, mon père a connu d'autres femmes mais nous ne vivons toujours que les
deux ensemble.
Ma mère me
manquait-elle, m'a-t-il demandé hier?
Près de la rivière
- Pouvez-vous
nous raconter ce qui s'est passé?
- Nous nous
embrassions, elle s'est mise à pleurer et m'a demandé de la jeter à l'eau. J'ai
cru que c'était pour rire.
- Elle
pleurait cependant...
- Oui, mais j'ai
refusé! Elle a demandé pourquoi, je n'ai pas su que lui répondre, alors elle a
sauté.
- Et vous?
- Aussi. Mais
elle s'est débattue.
- Et noyée.
- Oui.
- Suivez-nous.
- Je ne suis
pas coupable, je l'aimais!
- Raison de
plus!
- Où
m'emmenez-vous, je ne l'ai pas tuée.
- Vous ne
l'avez pas sauvée.
- Elle voulait
mourir, est-ce un crime?
Oscar Wilde
Je me souviens
du premier, il était tendre! Je l'aimais bien mais je ne l'ai pas aimé d'amour.
Lui non plus, bien sûr, je me prostituais.
On me
demandait souvent pourquoi je passais ma jeunesse ainsi. Je répondais que
j'avais ce métier dans le sang, hérité de ma mère, que mon père buvait, me
battait ou alors que j'étais orpheline depuis l'âge de quatre ans ou aussi que
mon frère avait un jour décidé de me vendre à ses copains puis à d'autres
hommes, que j'avais ma famille à nourrir, mon père étant au chômage, ma mère ne
pouvant subvenir seule à nos besoins, bref, les explications ne me manquaient
jamais. Certains y croyaient, d'autres pas, peu m'importait, après tout, en
quoi ma vie pouvait-elle les intéresser, ils venaient me trouver pour eux, pas
pour moi!
Un ou deux
clients m'avaient même proposé le mariage, prêts à abandonner femme et enfants
pour m'épouser! Je riais, ils n'appréciaient pas. Comment osais-je laisser
passer la chance de ma vie?
«Le seul moyen
de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder». Oscar Wilde, vous
connaissez?
C'est un homme
qui m'avait cité cette phrase en m'abordant. Je l'ai retenue. L'homme, non.
Mes oiseaux
Permettez-moi de
m'adresser à vous en tant qu'ancienne assistante, Cher Docteur, plutôt qu'en
éventuelle future patiente.
Si je vous écris
ce soir, c'est parce que je me sens un peu seule. Depuis que je vous ai quitté,
j'ai déjà changé trois fois d'emploi. Celui que j'occupe actuellement me
convient bien parce qu'on me laisse tranquille. Comme vous le savez, depuis ma
rupture avec Maurice, je n'ai plus eu de relations avec d'autres hommes.
Cependant, comme je supportais mal la solitude, je me suis acheté des
perruches. Elles étaient si mignonnes que je m'en suis offert d'autres et des
canaris aussi. Maintenant j'en ai vingt-deux. Mon appartement est une véritable
volière mais je m'y sens à l'aise.
Mes oiseaux me
parlent, vous savez et quand je les appelle, ils me répondent! Il y a Bella,
Pulcinella, Mignonne, Bibille, Jolie, Frimette — elle est un peu prétentieuse —
, Petit — c'est simple mais nous ne cherchons pas l'originalité à tout prix — ,
Coquin, bref, je ne vais pas vous énumérer tous leurs prénoms! Je vis en tout
cas en parfaite harmonie avec eux!
Je n'attends rien
de spécial de leur part, juste un petit signe, une marque d'affection! Et j'ai
tant de plaisir à les contempler, les observer manger, boire, s'amuser. Vous
n'imaginez pas à quel point je m'enrichis. Ils m'apportent autant qu'un homme,
suis-je anormale?
Mes oiseaux sont
toujours gentils, toujours heureux, jamais ils ne me reprochent quoi que ce
soit. Je n'ai pas non plus l'impression de les ennuyer ni de les gêner, je ne
me sens pas de trop comme cela m'est si souvent arrivé avec des hommes. Oh, je
ne prétends pas en avoir eu beaucoup, mais Maurice m'a souvent fait comprendre
que j'étais «casse-pieds», comme il disait toujours. Il se plaignait que je
sois toujours «dans ses pattes». Il avait encore le culot de se prendre pour un
animal, comme si les animaux traitaient ainsi les personnes qui s'occupent
d'elles. Mes oiseaux sont bien plus affectueux avec moi qu'aucun homme n'a pu
l'être!
Cependant, il est
évident que parfois on aurait tout de même envie d'une présence humaine à ses
côtés, d'une personne qui vous dise «je t'aime», un peu comme au cinéma. Mais
ça ne se commande pas, ça se rencontre!
Et si je
rencontrais quelqu'un qui n'aime pas les oiseaux?

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