Le naufragé
12 octobre.
Le Bonadventure est un bon bateau. Ce jour-là, il arrive à l’île Tabor, à midi.
Les trois hommes déjeunent à bord puis ils descendent à terre. Ils montent au sommet d’une petite colline et observent le paysage. Ils constatent que l’île est petite. Ils examinent attentivement ses différentes parties mais ne voient pas de trace de la présence d’un homme. Ils décident de revenir au bateau. Cette fois, ils prennent un autre chemin et longent une forêt.
- Regardez ! crie soudain Harbert. Il y a une cabane... là-bas... entre les arbres.
Les trois hommes se dirigent aussitôt vers elle. Ils ouvrent la porte... elle est vide. Ils décident de passer la nuit à l’intérieur.
Le jour suivant, ils examinent la pièce.
- Cette cabane est faite avec des planches de bateau, dit Pencroff. Travail d’un naufragé, sans doute. Mais elle est dans un état lamentable... l’homme est mort, c’est sûr. Demain, nous pouvons retourner à l’île Lincoln !
- Ici, il y a des plantes qu’il n’y a pas chez nous, dit Harbert. Je vais prendre des graines pour le potager.
- Très bien, dit Gédéon et nous, nous allons chasser.
Pencroff et Gédéon sont dans la forêt quand, soudain, ils entendent des cris.
- Harbert ! Vite ! crie le reporter.
Ils courent retrouver le jeune garçon. Horreur ! Il est attaqué par une créature effrayante, une sorte de singe qui paraît extrêmement violent.
Les deux hommes se précipitent sur le monstre. Après un rude combat, ils le neutralisent et libèrent Harbert. Ils attachent solidement l’agresseur puis l’observent. Stupéfaits, ils découvrent que le monstre est... un homme. Mais quel homme ! Il est quasiment nu; ses cheveux et sa barbe sont très longs et sales. Gédéon lui parle mais l’homme ne parait pas comprendre.
Ils l’emmènent à bord du Bonadventure. Là, l’homme se tranquillise.
- Mon Dieu, dit Harbert, quel personnage ! Vous croyez que c’est le naufragé ?
- Peut-être, dit Gédéon, mais le pauvre ne paraît pas humain... peut-être à cause des nombreuses années passées ici avec, comme seule compagnie, des animaux sauvages...
14 octobre.
Harbert et Gédéon retournent sur l’île chercher les graines et deux porcs. Puis le Bonadventure prend tranquillement le chemin du retour.
15 octobre.
Le vent est très fort et la mer abominable. Le Bonadventure avance lentement et avec difficulté. Cette situation continue le jour suivant. Pencroff est très préoccupé. Il est sûr de suivre une mauvaise route... Il dit à ses amis :
- Nous sommes perdus... L’île Lincoln n’est pas loin, je le sais, mais comment s’orienter avec ces conditions atmosphériques ?
La nuit vient. Elle est obscure et froide. Les trois amis observent la mer. Enfin, à deux heures du matin :
- Un feu ! Un feu ! s’écrie Pencroff.
L’île Lincoln est là, devant eux, grâce à un feu allumé par Cyrus et Nab.
***
Le naufragé est installé dans une chambre de Granite-House.
Cyrus vient le voir souvent. Il lui parle mais l’homme ne répond pas.
L’ingénieur lui coupe les cheveux et la barbe et lui donne des vêtements. L’inconnu a enfin un aspect humain.
Depuis son arrivée à Granite-House, il est tranquille mais il a l’air triste. Il mange le repas que Cyrus apporte et reste tout le temps dans sa chambre.
Un jour, Cyrus et Pencroff l’emmènent faire une promenade sur la plage. L’homme marche jusqu’à la mer. Il la regarde longuement et soupire. « À quoi pense-t-il ?» se demande Cyrus.
Novembre 1866.
L’inconnu mange maintenant avec ses nouveaux compagnons.
Un soir, à la grande surprise de tous, il regarde Cyrus et dit en bon anglais :
- Qui êtes-vous ?
- Des naufragés, comme vous, répond l’ingénieur.
- Quel mois ? Quelle année ? demande alors l’homme d’un ton brusque.
- Novembre 1866, répond Harbert.
- Douze ans ! Douze ans ! répète-t-il avec une immense tristesse.
Puis il va dans sa chambre.
- Douze ans sur l’île Tabor ?! dit Gédéon. Le pauvre homme !
- À mon avis, cet homme n’est pas un naufragé, dit Pencroff. Son attitude me parait bien étrange...
L’inconnu ne veut pas dire son nom mais il accepte d’aider les hommes. Il s’occupe très bien du potager. Parfois, il va se promener seul mais il revient toujours à Granite-House.
***
3 décembre.
Pencroff et Nab travaillent à la basse-cour quand ils entendent Harbert crier, au loin. Ils courent le retrouver. Là, horrifiés, ils voient le jeune garçon face à un énorme jaguar.
L’inconnu apparaît alors, un couteau à la main; il se précipite sur le féroce animal. Le combat ne dure pas. L’homme est d’une force prodigieuse. Il plante bientôt son arme dans le cœur du jaguar qui tombe mort à ses pieds.
L’homme se dirige alors vers la cabane mais Harbert le retient et l’emmène à Granite-House. Là, le jeune garçon raconte l’incident à Cyrus.
- Merci, un grand merci, dit Cyrus à l’inconnu. Donnez-moi votre main.
- Non, répond l’homme. Vous êtes des personnes honnêtes et moi... et moi...
Il ne finit pas sa phrase et part.
Fin décembre.
L’inconnu demande à Cyrus la permission d’habiter la cabane de la basse-cour. Cyrus accepte.
Au moment de quitter Granite-House pour s’installer chez lui, l’inconnu dit aux cinq hommes :
- Je veux enfin vous dire qui je suis. Je m’appelle Ayrton et je suis un... misérable. Des hommes sont morts à cause de moi... Pourquoi je vis depuis douze ans en solitaire sur l’île Tabor ? Voilà ma triste histoire :
« Nous sommes en 1854. Je porte le nom de Ben Joyce et je suis le chef de terribles pirates. J'attaque les navires, je vole, je tue si c'est nécessaire. Je suis connu dans toutes les mers. Un jour, je vois un magnifique bateau : Le Duncan. Je le veux pour moi ! Alors, comme son capitaine cherche un marin, je me présente, sous mon vrai nom. Le capitaine me prend à son service. Je fais tout pour être apprécié car j'ai un plan : changer la route du bateau et le conduire à un endroit précis; là, mes hommes attendent pour attaquer.
Mais le capitaine découvre qui je suis. Il ne me tue pas, non. Il me conduit à l’île Tabor. Et là, avant de partir, il me dit :
- Pense à tes crimes, Ayrton. Ici, seul avec toi-même, tu vas souffrir et te repentir... Je ne t'oublie pas ! » Et depuis douze ans, messieurs, je souffre et je me repens !
- Ayrton, dit Cyrus après un moment de silence, merci de cette sincérité. Cette histoire est vraiment terrible... Mais écoutez-moi : grâce à vous, Harbert est vivant et ça, nous ne l’oublions pas. Nous avons confiance en vous. Restez dans cette maison !
- Merci, monsieur, mais je préfère vivre seul dans la cabane.
- Mon ami, je ne comprends pas. Vous voulez vivre seul, dites-vous ? Dans ce cas, pourquoi cette bouteille à la mer ?
- De quoi parlez-vous, monsieur ?
- De la bouteille... du document qui parle de votre situation et de votre condition de naufragé.
Cyrus va chercher le document. L’homme l’examine et dit :
- Je vois ce papier pour la première fois. J’ignore d’où il vient.
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