четверг, 9 февраля 2012 г.

Christophe gagne sa vie




CHRISTOPHE GAGNE SA VIE
    
        Trois années ont passé. Christophe va avoir onze ans. Il continue son éducation musicale, il apprend à jouer de tous les instruments. Il joue déjà bien du violon; et son père a demandé de lui donner une place à l'orchestre. Il y tient si bien sa partie , qu'après quelques mois de stage il est nommé officiellement second violon. Ainsi, il commence à gagner sa vie; et ce n'est pas trop tôt, car les affaires se gâtent de plus en plus à la maison. Christophe se rend compte de la situation; il a l'air sérieux d'un petit homme.
       Le grand-duc n'oubliait pas son pianiste. De temps en temps, Christophe recevait l'ordre de se rendre au château, quand il y avait des invités de marque , ou bien quand il prenait fantaisie à Leurs Altesses  de l'entendre. C'était presque toujours le soir. Il fallait tout laisser et venir très vite. Parfois, on le faisait attendre dans une antichambre, parce que le dîner n'était pas fini. Les domestiques, habitués à le voir, lui parlaient familièrement. Puis, on l'introduisait au salon, plein de glaces et de lumières, où les invités le regardaient avec curiosité. Il devait traverser la pièce, pour aller baiser la main de Leurs Altesses; et plus il grandissait, plus il devenait gauche: car il se trouvait ridicule, et son orgueil souffrait.
        Ensuite, il se mettait au piano, il devait jouer pour ces indifférents qui lui faisaient des compliments quand il avait fini. Il pensait qu'on le regardait comme un animal curieux. Il se croyait offensé, il voyait une offense dans les façons d'agir les plus simples: si l'on riait dans un coin du salon, il se disait que c'était de lui; et il ne savait pas si c'était de ses manières, ou de son costume, ou de sa figure, de ses pieds, de ses mains. Tout l'humiliait: il était humilié si on ne lui parlait pas, humilié si on lui parlait, humilié si on lui donnait des bonbons comme à un enfant, humilié surtout si le grand-duc le renvoyait en lui mettant une pièce d'or dans la main. Il était malheureux d'être pauvre, d'être traité en pauvre .
       Ses parents ne savaient rien de ces souffrances d'orgueil. Ils étaient ravis de sa faveur auprès du prince. La bonne Louisa ne pouvait rien imaginer de plus beau pour son garçon que les soirées au château, dans une société magnifique. Pour Melchior, c'était un sujet de conversations continuelles avec des amis. Mais le plus heureux était grand-père. Il attendait le retour de son petit-fils avec une impatience d'enfant. Mais Christophe, irrité, ne répondait que par oui ou par non aux questions du vieux et des parents. Ainsi il gâtait toute la joie de ces pauvres gens, qui ne comprenaient rien à sa mauvaise humeur.
                                                 D'après R. Rolland, Jean-Christophe




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